Guerre tarifaire : La Chine et l’Europe se dirigent-elles vers un nouveau conflit commercial ?

En juin 2024, la Commission européenne a annoncé son intention d’imposer des droits de douane allant jusqu’à 38,1 % sur les importations des fabricants chinois de véhicules électriques, à la suite d’une enquête lancée en 2023. La Commission a cité ce qu’elle considérait comme un soutien injuste de la Chine à ses entreprises, ce qui saperait les fabricants de voitures européens, soulevant le spectre d’une guerre commerciale féroce entre l’Europe et la Chine. La décision européenne devrait inciter la Chine à prendre des mesures de rétorsion prochainement. Cependant, le bloc européen a précisé qu’il continuerait à discuter avec Pékin des résultats de l’enquête, déclarant que les tarifs seraient mis en œuvre le 4 juillet 2024 si les problèmes commerciaux non résolus persistent.

La décision européenne spécifie également des tarifs temporaires allant de 17,4 % à 38,1 % sur trois grandes entreprises chinoises : BYD, Geely et SAIC. D’autres constructeurs automobiles chinois font face à des tarifs compris entre 21 % et 38,1 %, en fonction de leur coopération avec l’UE dans le cadre de l’enquête, en plus des tarifs existants de l’UE de 10 %, selon une déclaration de la Commission européenne.

Escalade commerciale
Les relations commerciales entre la Chine et l’Union européenne connaissent une crise sans précédent en raison des enquêtes européennes sur le soutien illimité présumé du gouvernement chinois aux fabricants de voitures électriques. Ce soutien a donné aux produits chinois un avantage de prix et de technologie concurrentiel par rapport à leurs homologues européens sur les marchés mondiaux, notamment en Europe. Cela a exacerbé les tensions commerciales entre les deux parties, résumées comme suit :

Enquêtes européennes sur le dumping chinois : En septembre 2023, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé une enquête sur le soutien présumé du gouvernement chinois aux fabricants de voitures électriques. Cela a suivi un doublement des importations européennes de voitures électriques chinoises entre 2021 et 2023, dépassant les 430 000 véhicules par an, pour une valeur de 10 milliards d’euros, selon le Peterson Institute for International Economics. En revanche, les exportations européennes de voitures électriques vers la Chine étaient négligeables. Bruxelles craint un inondation du marché de l’UE, risquant potentiellement d’éliminer son industrie nationale.

La Commission européenne allègue que les subventions de l’État chinois ont considérablement contribué à créer une capacité industrielle excédentaire, permettant aux entreprises chinoises de déverser leur production excédentaire sur les marchés mondiaux. Cela a incité Bruxelles à exhorter Pékin à augmenter la demande de consommation intérieure plutôt que de se débarrasser de la production excédentaire à l’échelle mondiale.

Protectionnisme croissant en Europe pour l’industrie locale : La politique commerciale de l’UE devient de plus en plus protectrice face aux préoccupations selon lesquelles le modèle de développement de la Chine, axé sur les économies d’échelle, pourrait inonder le bloc de produits bon marché, y compris les voitures électriques. Le chancelier allemand Olaf Scholz a souligné lors d’une visite en Chine que de telles mesures “rendent tout plus cher et tout le monde plus pauvre”. Cette position allemande s’est reflétée dans la visite du ministre des Finances Robert Habeck en Chine, la première visite européenne de haut niveau depuis que Bruxelles a proposé de nouveaux tarifs. Habeck visait à expliquer l’annonce récente des tarifs, atténuant les risques de représailles chinoises qui pourraient nuire aux entreprises allemandes bénéficiant du marché chinois.

Il est à noter que les constructeurs automobiles allemands se sont fortement opposés aux tarifs de l’UE, car près d’un tiers de leurs ventes provenaient de l’économie chinoise. L’Allemagne cherche également à élargir l’accès de ses entreprises au vaste marché chinois tout en “atténuant les risques” pour son économie, réduisant la dépendance à l’égard d’un seul pays, y compris la Chine.

Alignement avec les tendances des grandes nations industrielles du G7 : L’annonce de la Commission européenne a suivi la décision des États-Unis de quadrupler les droits de douane sur les voitures électriques chinoises en mai 2024, les portant à 100 %, contre 25 % auparavant. Cela a ouvert un nouveau front dans la guerre commerciale entre la Chine et les pays occidentaux. Bien que Washington n’ait pas explicitement appelé ses alliés du G7 à prendre des mesures similaires, la secrétaire au Trésor Janet Yellen a déclaré lors d’une réunion des ministres des Finances du G7 en mai 2024 qu’elle souhaitait que les alliés des États-Unis dans le G7 montrent leur solidarité avec Washington dans cette démarche.

Les ministres des Finances européens des pays industrialisés du G7 ont également appelé le groupe à rester uni contre les politiques industrielles déloyales de la Chine. Cependant, ils ont également mis en garde contre les risques d’une nouvelle guerre commerciale après que Washington ait augmenté les tarifs sur Pékin. La différence entre l’UE et les États-Unis réside dans le fait que les entreprises manufacturières chinoises se sont à peine implantées aux États-Unis, tandis qu’elles pénètrent rapidement le marché de l’UE, qui représentait près d’un tiers des exportations totales de voitures électriques chinoises en 2023.

Rejet des accusations de Bruxelles par Pékin : Lors de sa visite en Espagne début juin 2024, le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, a organisé une table ronde avec des représentants de la Chambre de commerce chinoise auprès de l’UE et des entreprises chinoises. Il a rejeté l’idée d’une capacité excédentaire dans le secteur des véhicules électriques en Chine comme étant un “faux récit”, soulignant les investissements importants dans la recherche et le développement par les entreprises locales, qu’il estime cruciaux pour réduire les coûts élevés des nouveaux produits énergétiques à l’échelle mondiale.

Division européenne sur la manière de traiter avec Pékin : L’Allemagne mène un groupe de pays opposés aux tarifs récents par crainte de représailles chinoises. Le chancelier allemand Olaf Scholz a indiqué que de telles mesures “rendent tout plus cher et tout le monde plus pauvre”. Cette approche allemande était évidente lors de la visite du ministre des Finances Robert Habeck en Chine, la première visite de ce type depuis que Bruxelles a proposé de nouveaux tarifs. Il visait à expliquer l’annonce récente des tarifs, atténuant le risque de représailles chinoises qui pourraient nuire aux entreprises allemandes bénéficiant du marché chinois.

Il est à noter que les constructeurs automobiles allemands se sont fortement opposés aux tarifs de l’UE, car près d’un tiers de leurs ventes provenaient de l’économie chinoise. L’Allemagne cherche également à élargir l’accès de ses entreprises au vaste marché chinois tout en “atténuant les risques” pour son économie, réduisant la dépendance à l’égard d’un seul pays, y compris la Chine.

Réactions de certaines cercles européennes contre les tarifs faibles sur les véhicules électriques : Avant les nouveaux tarifs, l’UE imposait un tarif de 10 % sur toutes les importations de voitures, inférieur à celui de la Chine de 15 %. Cependant, l’Allemagne réalise qu’elle ne peut pas éviter les nouveaux tarifs et cherche à maintenir le taux aussi bas que possible. Idéalement, Berlin vise à maintenir ce taux au niveau mutuel que la Chine impose également à l’UE, soit 15 %. Berlin travaille en ce sens avant l’approbation finale des nouveaux tarifs en novembre 2024, lorsque les pays de l’UE doivent voter pour finaliser les tarifs pour cinq ans.

Conséquences de l’escalade
L’escalade actuelle suggère que l’Union européenne pourrait bientôt sombrer dans une guerre commerciale avec la Chine, ce qui pourrait augmenter les prix pour les consommateurs et nuire aux exportateurs et à leurs travailleurs des deux côtés, chaque marché étant crucial pour l’autre. Les principales conséquences de cette escalade commerciale peuvent être lues comme suit :

Durcissement chinois en réponse à l’Europe : L’annonce européenne a déclenché des mesures de représailles de la part de la Chine, critiquant particulièrement les tendances européennes. Pékin s’est engagé à prendre toutes les mesures nécessaires pour défendre les droits et intérêts légitimes des entreprises chinoises, y compris des actions contre les secteurs aéronautique et agricole européens, comme l’a exprimé le porte-parole du ministère chinois du Commerce en juin 2024. Il a déclaré que “la responsabilité de l’existence d’une guerre commerciale entre la Chine et l’Europe incombe entièrement à l’Europe” en raison de ses tactiques d’intimidation et de ses menaces de tarifs punitifs, exigeant des informations excessivement vagues.

Imposition de tarifs chinois similaires sur les produits européens : La Chine prépare une série de mesures de représailles contre le bloc européen, mais cela pourrait différer de la grande guerre commerciale avec les États-Unis, qui comprenait des sanctions complètes des deux côtés. Dans ce cas, les règles ciblées de Pékin semblent plus similaires à celles utilisées contre l’Australie il y a quelques années, où le gouvernement et les médias d’État ont déjà identifié des produits spécifiques qui pourraient bientôt faire face à des tarifs.

Implications géopolitiques pour l’Europe et la Chine : Alors que les tensions commerciales s’intensifient, les implications géopolitiques sont

importantes pour l’Europe et la Chine. La décision de l’Union européenne d’imposer des tarifs élevés sur les importations de véhicules électriques chinois signale un potentiel passage vers une position plus protectionniste contre ce qu’elle perçoit comme un soutien gouvernemental chinois déloyal à ses industries. Ce mouvement risque non seulement d’exacerber les tensions commerciales, mais souligne également l’intention de l’Europe de protéger ses industries et emplois domestiques contre ce qu’elle considère comme des distorsions du marché causées par les subventions de l’État chinois.

Impact économique sur les marchés mondiaux : Le conflit commercial croissant entre l’Europe et la Chine pourrait avoir des répercussions économiques significatives à l’échelle mondiale. Alors que les deux parties mettent en œuvre des tarifs et potentiellement des contre-tarifs, les prix pour les consommateurs pourraient augmenter, impactant l’abordabilité et les dynamiques du marché. De plus, les chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment dans les industries telles que les véhicules électriques et les technologies d’énergie renouvelable, pourraient faire face à des perturbations, affectant les flux commerciaux internationaux et la stabilité économique.

Implications plus larges pour les règles du commerce international : Le conflit commercial intensifiant entre l’Europe et la Chine souligne des défis plus larges dans la gouvernance du commerce international. Il soulève des questions sur l’efficacité des règles et mécanismes commerciaux existants pour traiter les problèmes liés aux subventions étatiques, aux distorsions du marché et à la concurrence loyale. Le résultat de ce conflit pourrait influencer les futures négociations et accords commerciaux à l’échelle mondiale, façonnant le paysage des politiques et réglementations commerciales internationales.

Implications stratégiques pour les alliances économiques mondiales : Le conflit entre l’Europe et la Chine a également des implications stratégiques pour les alliances économiques mondiales. Il pourrait influencer l’alignement des pays et régions dans les blocs commerciaux et les organisations internationales, alors que les pays pèsent les intérêts économiques contre les considérations géopolitiques. Cela pourrait entraîner des changements dans les relations diplomatiques et économiques, ainsi que la formation de nouvelles alliances visant à naviguer et à influencer le paysage commercial mondial au milieu des tensions croissantes.

Dans l’ensemble, le conflit commercial croissant entre l’Europe et la Chine sur les véhicules électriques met en lumière les défis géopolitiques et économiques plus larges auxquels la communauté internationale est confrontée. Il reflète une tendance croissante au protectionnisme et au nationalisme économique, compliquant les efforts pour maintenir des pratiques commerciales mondiales ouvertes et équitables. Alors que les deux parties manœuvrent à travers les négociations et les mesures de rétorsion potentielles, les implications pour les marchés mondiaux, les règles commerciales et les alliances stratégiques restent significatives et nécessitent une attention et un engagement internationaux étroits.

SAKHRI Mohamed
SAKHRI Mohamed

Je suis titulaire d'une licence en sciences politiques et relations internationales et d'un Master en études sécuritaire international avec une passion pour le développement web. Au cours de mes études, j'ai acquis une solide compréhension des principaux concepts politiques, des théories en relations internationales, des théories sécuritaires et stratégiques, ainsi que des outils et des méthodes de recherche utilisés dans ces domaines.

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