Dans le but de définir la « communication politique », il est plus commode de commencer par définir les deux concepts  qui la constituent, à savoir « communication » et « politique ».

 La communication est un terme dont la racine latine « communicare » signifie « mettre en commun »[1]. Elle peut donc être définie pragmatiquement comme le vecteur ou le processus pour la mise en commun et l’échange de connaissances au sens générique du terme (culture, civilisation, valeurs morales et religieuses, sociales et politiques, … etc.). Communiquer est donc un processus cognitif qui s’appuie sur des phénomènes aussi complexes que l’est le fonctionnement du cerveau humain.

La racine grecque, « polis », qui signifie cité, confère au mot « politique » son sens commun de « art de gérer la cité ». Toutefois, la forme adjectivale du mot « politique » réfère à deux substantifs de genre différents : le politique et la politique. Le politique étant le domaine de l’action et des rapports de pouvoir. La politique, la pratique de la parole et de la représentation symbolique.

Toutefois, cette « distinction entre le politique et la politique devient porteuse si on intègre la dimension de la parole »[2]. En effet, l’exercice de la parole, associé à la politique est, en même temps, indissociable du politique qui est, à notre sens, champ d’action et espace de pouvoir. En outre, depuis Austin, nous savons que « dire, c’est faire » la parole, le langage, n’étant plus un simple moyen de communication réduit à sa simple dimension locutoire, mais un instrument d’action fortement marqué par ses fonctions illocutoires voire perlocutoire. Cela est d’autant plus avéré pour le champ politique qui est quasiment indissociable de l’exercice de la parole. D’ailleurs, du discours politique, Bourdieu nous dit qu’il est : « une prédiction qui vise à faire advenir ce qu’elle énonce : elle contribue pratiquement à la réalité de ce qu’elle annonce par le fait de l’énoncer, de le prévoir et de le faire prévoir, de le rendre concevable et surtout croyable et de créer ainsi la représentation est la volonté collective qui peuvent contribuer à la produire »[3]. D’où la difficulté de cerner, avec précision, le concept « politique ». Dès lors, le politique ,n’est pas simplement circonscrit aux acteurs directs que sont les responsables des partis, mais inclut aussi leurs cibles, à savoir, le citoyen-électeur et les intermédiaires constitués par les acteurs médiatiques[4].

En s’appuyant sur une réflexion de Dominique Wolton, la définition de la communication politique a connu une certaine évolution. Au départ, elle a désigné l’étude de la communication du gouvernement vers l’électorat, puis l’échange des discours politiques entre la majorité et l’opposition. Ensuite, le domaine s’est élargi à l’étude du rôle des médias dans la formation de l’opinion publique, puis à l’influence des sondages sur la vie politique. Pour lui, « la communication politique est l’espace où s’échangent les discours contradictoires des trois acteurs qui ont la légitimité à s’exprimer publiquement sur la politique et qui sont les hommes politiques, les journalistes et l’opinion publique à travers les sondages »[5]. 

La communication politique peut se définir au sens strict comme un moteur d’adhésion et de gouvernance au sein de l’agora. Désignant depuis l’antiquité un lieu public exclusivement matériel où se tenaient le commerce et les échanges des idées, l’agora est aujourd’hui un espace public dématérialisé (médias et plus récemment l’Internet qui fait sujet de notre recherche), ou un lieu de rencontres occasionnelles (conférences, événements, porte-à-porte, etc.). La communication politique implique une entrée en relation, verbale et non verbale. Ces deux éléments, souvent oubliés en cours de processus, sont deux moteurs de pouvoir et de décodage, largement utilisé en techniques de négociation pour mieux comprendre les comportements, lire les intentions ou faire passer un message. Pour obtenir de l’adhésion, communiquer en politique, implique l’utilisation des codes et des canaux de l’espace public et une maîtrise de son langage verbal et non verbal. L’objectif est de créer de l’empathie ou, parfois de la « dysempathie » à l’égard des adversaires politiques[6]. 

Gesterlé évoque les différentes classifications propres à l’étude de la communication politique sous forme de conceptions théoriques contrastées, de dimensions, ou encore d’approches.

 Selon l’auteur, la communication politique peut être perçue selon quatre conceptions[7].

  • Une conception instrumentale qui consiste en la séduction des gouvernants envers l’opinion à travers trois techniques : la télévision, les sondages et la publicité.
    La communication politique dans ce cas se définit comme étant « l’ensemble des actions conduites par des professionnels de la communication agissant pour le compte des professionnels de la politique et à destination des gouvernés »[8]

Il s’agit ici d’une conception purement technocratique de ce domaine, conçu ainsi comme une expertise, et également comme une manipulation. Cette conception est décrite comme réductrice par Gerstlé.

  • Une conception œcuménique qui consiste en l’information transmise entre les différents acteurs du champ politique.

Ainsi, la communication politique sera définie comme étant « un processus interactif concernant la transmission de l’information entre les acteurs politiques, les médias d’information et le public »[9].

Pour Gerstlé, cette vision ne saurait être complète dans la mesure où elle ne prend pas en compte les rapports de force qui lui sont inhérents, elle est purement fonctionnaliste. En effet, les relations entre les acteurs sont imparfaites et asymétriques.  

  • Une conception compétitive, où la communication est une lutte pour l’influence.
    C’est Jay Blumber qui est à l’origine de cette conception. Il définit la communication politique comme étant « une compétition pour influencer et contrôler grâce aux principaux médias, les perceptions publiques des événements politiques majeurs et de leurs enjeux […] elle se rapproche d’un conflit ou coopération d’une part et d’une construction de sens d’autre part, en insistant sur l’intrusion des médias dans cette interaction ».
  • Une conception délibérative, où la communication représente une discussion au cœur du processus politique. Elle est conçue comme une condition de la démocratie, et même d’une démocratie élargie, dans la mesure où elle permet le débat collectif et la discussion. Dans ce contexte, la communication politique est vue comme le terreau de formation d’un authentique espace public.

 Pour Gerstlé, l’étude de la communication politique fait apparaître quatre angles de concurrences :

  • L’approche comportementaliste : « la communication est conçue comme un processus linéaire qui est la transmission de l’information contenue dans le message depuis l’émetteur vers le récepteur »[10].
  • L’approche structuro-fonctionnaliste : « elle modifie la définition de la communication politique en l’inscrivant dans le contexte de la société comme ensemble de systèmes en relations »[11].
  • L’approche interactionniste : « elle s’impose dès qu’on admet que la communication est une forme d’interaction »[12].
  • L’approche dialogique : « conception intersubjective de la communication, la légitimité réside dans le consensus obtenu par la discussion »[13].

L’auteur insiste sur la polysémie du terme « communication ». Pour saisir le sens de la notion de communication politique, il faut selon lui, se concentrer sur le politique et non sur la communication, en mettant en garde contre « la propension actuelle à expliquer le politique par la communication, même si les techniques de communication connaissent un essor sans précédent »[14].

Par ailleurs, selon lui, le politique et la communication sont deux éléments de la société « largement consubstantiels, parce que liés par des phénomènes tels que la publicisation[15], la politisation[16] et la polarisation[17] »[18].

Enfin, l’auteur affirme que la définition de ce qui est politique ne correspond pas à un secteur précis au sein de la société, car tout sujet au cœur de notre quotidien peut à un moment ou un autre prendre le qualificatif de sujet politique.

Il parait intéressant de se nourrir de toutes ces définitions pour en développer une plus complète. Dans Gouverner c’est paraître, Jean-Marie Cotteret [19] élabore une définition assez synthétique de la communication politique en exposant les trois principaux effets qu’elle recherche : transmettre l’information, modifier l’opinion, changer le comportement de l’interlocuteur.

            Il apparaît donc ici que la communication politique a valeur d’information des gouvernants vers les gouvernés et que sa fonction est d’abord celle-ci. Cependant, cette fonction informative s’assortit ensuite d’une part de manipulation dans la mesure où les gouvernants ont une visée électorale, et doivent pour la remplir, convaincre le public.

[1] Dictionnaire de l’Académie Française, 9ème édition, Version informatisée, consultable sur http://atilf.atilf.fr/academie9.htm

[2] El Kettani Oumama, La communication politique à l’épreuve du modèle d’analyse communicationnelle Intégré, Edition Konrad Adenauer Stiftung, 1ère édition, 2009, page 244

[3] Bourdieu Pierre, Ce que parler veut dire, Edition Fayard, Paris, 1992, page 150.  

[4] El Kettani Oumama, La communication politique à l’épreuve du modèle d’analyse communicationnelle Intégré, Edition Konrad Adenauer Stiftung, 1ère édition, 2009, page 279.

[5] Wolton Dominique, La communication politique : Construction d’un modèle, Edition Hermès, pp. 27-42.

[6] El Kettani Oumama, La communication politique à l’épreuve du modèle d’analyse communicationnelle Intégré, Edition Konrad Adenauer Stiftung, 1ère édition, 2009, page 281.

[7] Gerstlé Jacques, La communication politique, Edition PUF, Paris, 1993, pp 9-18.

[8] Riutort Philippes, Sociologie de la communication politique, 2007, Éditions de la découverte, Paris

[9] Norris Pippa, A virtuous circle : Political communication in postindistrual Societies, Edition CUP, 2000, page 36, version numérisée, consultable sur http://books.google.co.ma/books?id=Vy7EKh3ap5oC&pg=PA36&hl=fr&source=gbs_toc_r&cad=4#v=onepage&q&f=false, consulté le 26/06/2012.

[10] Gerstlé Jacques, La communication politique, Edition PUF, Paris, 1993, page 29

[11] Gerstlé Jacques, La communication politique, Edition PUF, Paris, 1993, page 31

[12] Gerstlé Jacques, La communication politique, Edition PUF, Paris, 1993, page 33

[13] Gerstlé Jacques, La communication politique, Edition PUF, Paris, 1993, page 36

[14] Gerstlé Jacques, La communication politique, Edition PUF, Paris, 1993, page 15

[15] Publicisation : « Processus par lequel l’unité sociale concernée reconnait son existence en tant que problème, en tant qu’écart par rapport à une situation désirable ».

[16] Politisation : « travail qui consiste à affecter à une autorité publique la prise en charge du problème ainsi publiquement reconnu ».

[17] Polarisation : « ajoute à l’articulation et à l’agrégation des demandes l’idée d’un affrontement entre politiques portées par les groupes antagonistes ».

[18] Gerstlé Jacques, La communication politique, Edition PUF, Paris, 1993, page 9

[19] Cotteret Jean-Marie, Gouverner c’est paraître, Edition PUF, Paris, 2000. 

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