Le constructivisme social : Un défi profond au néo-réalisme et au néo-libéralisme dans la théorie des relations internationales

L’émergence du constructivisme social dans le domaine des Relations Internationales (RI) a posé des défis épistémologiques, ontologiques et normatifs importants aux paradigmes dominants du néo-réalisme et du néo-libéralisme. Cet article examine comment le constructivisme remet fondamentalement en question les hypothèses clés de ces approches rationalistes et offre un cadre alternatif pour comprendre la politique mondiale.

Défis épistémologiques

À la base, le constructivisme remet en question l’épistémologie positiviste qui sous-tend à la fois le néo-réalisme et le néo-libéralisme. Alors que ces théories rationalistes s’appuient sur des approches empiristes pour étudier les relations internationales, les constructivistes soutiennent que le monde social ne peut être étudié en utilisant les mêmes méthodes que les sciences naturelles. Au lieu de cela, les constructivistes mettent l’accent sur le rôle des significations intersubjectives, des idées et du contexte social dans la formation de la réalité.

Alexander Wendt, un chercheur constructiviste clé, affirme que “l’anarchie est ce que les États en font” – ce qui signifie que la nature de la politique internationale n’est pas prédéterminée par une structure anarchique, mais est plutôt dotée de sens à travers l’interaction sociale. Cela contraste fortement avec la vision néo-réaliste selon laquelle l’anarchie conduit inévitablement à l’auto-assistance et au conflit. En soulignant comment les idées partagées et les pratiques sociales construisent le sens de l’anarchie, le constructivisme ouvre des possibilités de coopération que le néo-réalisme tend à écarter.

De plus, les constructivistes remettent en question l’accent mis par les théories rationalistes sur les facteurs matériels, arguant que les facteurs idéationnels comme les normes, l’identité et la culture jouent un rôle crucial dans la formation du comportement des États. Cela déplace l’attention des capacités purement matérielles vers le contexte social et culturel dans lequel se déroule la politique internationale.

Défis ontologiques

Le constructivisme pose un défi ontologique fondamental au néo-réalisme et au néo-libéralisme en soutenant que des aspects clés des relations internationales, y compris les intérêts et les identités des États, sont socialement construits plutôt que donnés. Alors que les théories rationalistes ont tendance à traiter les intérêts des États comme fixes et prédéterminés, les constructivistes les considèrent comme fluides et façonnés par l’interaction sociale.

Cette ontologie constructiviste met l’accent sur la constitution mutuelle des agents et des structures dans la politique internationale. Plutôt que de voir la structure comme déterminant le comportement des États (comme dans le néo-réalisme) ou de se concentrer uniquement sur les choix individuels des États (comme dans le néo-libéralisme), les constructivistes soulignent comment les agents et les structures se façonnent continuellement les uns les autres. Cela fournit une vision plus dynamique des relations internationales qui peut rendre compte des changements au fil du temps.

De plus, les constructivistes remettent en question la conception néo-réaliste des États comme acteurs unitaires et rationnels. Au lieu de cela, ils soulignent comment les identités et les intérêts des États sont façonnés par les contextes sociaux nationaux et internationaux. Cela permet une compréhension plus nuancée du comportement des États qui va au-delà de la poursuite d’intérêts nationaux fixes.

Défis normatifs

Plus significativement peut-être, le constructivisme pose un défi normatif aux théories rationalistes en soulignant le rôle des normes, des valeurs et des idées dans la formation du comportement des États. Alors que le néo-réalisme se concentre sur le pouvoir matériel et le néo-libéralisme sur les intérêts, les constructivistes soutiennent que les normes et les valeurs partagées jouent un rôle crucial dans la politique internationale.

Cette dimension normative permet au constructivisme de rendre compte de phénomènes que les théories rationalistes ont du mal à expliquer, tels que la propagation des normes des droits de l’homme ou les changements dans l’acceptabilité de certaines pratiques étatiques au fil du temps. En soulignant comment les normes façonnent les intérêts et le comportement des États, le constructivisme offre un cadre plus complet pour comprendre le changement normatif dans la politique mondiale.

De plus, l’accent mis par le constructivisme sur le potentiel de changement à travers les changements d’idées et de normes contraste avec les visions plus statiques présentées par le néo-réalisme et le néo-libéralisme. Cela ouvre des possibilités de transformer des relations conflictuelles en relations coopératives – un processus illustré par le développement de l’Union européenne.

Implications méthodologiques

Le défi constructiviste s’étend également à la méthodologie. Alors que le néo-réalisme et le néo-libéralisme s’appuient fortement sur des méthodes quantitatives et des modèles de choix rationnel, les constructivistes emploient une plus large gamme de méthodes qualitatives pour saisir les significations intersubjectives et le contexte social. Cela inclut l’analyse du discours, le traçage de processus et les approches ethnographiques.

Les constructivistes soutiennent que ces méthodes interprétatives sont nécessaires pour comprendre les significations sociales qui sous-tendent la politique internationale. En employant ces méthodologies diverses, le constructivisme vise à fournir une compréhension plus riche et plus contextuelle des affaires mondiales que ce qui est possible à travers des approches purement positivistes.

Critiques et limites

Malgré ses contributions significatives, le constructivisme fait face à ses propres critiques et limites. Certains chercheurs soutiennent que le constructivisme fait face à des défis méthodologiques pour étudier empiriquement les idées et les normes. Il y a des débats en cours sur la façon d’opérationnaliser les concepts constructivistes et de mesurer les facteurs idéationnels.

Les critiques soutiennent également que le constructivisme peut trop mettre l’accent sur le rôle des idées au détriment des facteurs matériels. Bien que les constructivistes soutiennent que même les réalités matérielles sont dotées de sens à travers l’interaction sociale, certains chercheurs maintiennent que cela va trop loin en négligeant les conditions matérielles objectives.

De plus, certains soutiennent que l’accent mis par le constructivisme sur la constitution mutuelle peut rendre difficile l’établissement de relations causales claires. L’interaction complexe entre les agents et les structures postulée par les constructivistes peut poser des défis pour développer des théories prédictives.

Conclusion

Le constructivisme social est apparu comme un défi profond aux théories rationalistes dominantes du néo-réalisme et du néo-libéralisme en RI. En mettant l’accent sur la construction sociale de la réalité, l’importance des idées et des normes, et le potentiel de changement dans le système international, le constructivisme offre une approche distincte pour comprendre la politique mondiale.

Bien que les débats se poursuivent sur la façon de concilier les idées constructivistes avec les contributions précieuses des théories rationalistes, le constructivisme a sans aucun doute enrichi le domaine des RI. Son accent sur le contexte social, les significations intersubjectives et les facteurs normatifs fournit des aperçus cruciaux qui complètent et remettent en question les approches matérialistes et rationalistes.

Alors que les relations internationales continuent d’évoluer au 21e siècle, la vision dynamique de la politique mondiale du constructivisme et sa capacité à rendre compte des facteurs idéationnels le positionnent comme une perspective théorique vitale. Bien qu’il reste du travail à faire pour répondre à ses limites et développer des méthodologies plus robustes, le constructivisme s’est établi comme une approche essentielle pour les chercheurs cherchant à comprendre les réalités sociales complexes des affaires internationales.”

Citations:
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[6] https://journals.co.za/doi/10.31920/2056-5658/2022/v9n3a7
[7] https://www.researchgate.net/publication/373199737_International_relations_Theoretical_perspective_and_analytical_frameworks

SAKHRI Mohamed
SAKHRI Mohamed

Je suis titulaire d'une licence en sciences politiques et relations internationales et d'un Master en études sécuritaire international avec une passion pour le développement web. Au cours de mes études, j'ai acquis une solide compréhension des principaux concepts politiques, des théories en relations internationales, des théories sécuritaires et stratégiques, ainsi que des outils et des méthodes de recherche utilisés dans ces domaines.

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