Les spécificités de la communication politique sur Internet

L’avènement d’internet et son utilisation dans le domaine politique a mouvementé la scène politique entre des technophiles et des technophobes. Les premiers, comme Albert Gore ou Pierre Levy, associent le développement d’internet à l’avènement d’une démocratie renouvelée, plus active et participative, voire directe, qui renouerait avec l’agora authentique. Les sceptiques, comme Paul Virillio ou Oscar Gandy, insistent davantage sur les conséquences négatives qu’Internet aurait sur notre capacité à nous informer et à penser rationnellement le monde ou encore sur les menaces qu’Internet, tel un Big brother, ferait peser sur les libertés individuelles[1].

L’importance du Web politique est flagrante, pour Stefano Rodota, « La notion de démocratie électronique sous-tend globalement trois répercussions sur la vie citoyenne : un accès rapide à une masse d’informations, une participation favorisée par des techniques nouvelles et une action délibérative plus directe »[2]. Ces répercussions peuvent constituer une base pour juger le degré de la démocratie électronique des partis politiques.

Selon Vedel, Internet présente une multitude de potentialités politiques, il en a énuméré, dans son article « Internet et les pratiques politiques [3]», quatre :

  • Une meilleure information des citoyens : pour l’auteur Internet est le gage d’un idéal démocratique, car il permet un accès libre à l’information et garantit une plus grande transparence de l’action publique.
    Par rapport aux moyens d’information existants, Internet présente quatre avantages principaux :

o   La possibilité de recherches personnalisées construites en fonction des interrogations ou de la situation de chaque individu.

o   La diversification des ressources d’informations.

o   La diminution des coûts de diffusion et de stockage de l’information.

o   Un accès direct à l’information primaire.

  • La stimulation du débat politique : Internet peut stimuler les débats politiques à travers les forums de discussion, les messageries, les newsletters, les réseaux sociaux, etc.
    Internet comme un espace ouvert et accessible pour tout le monde, permet de stimuler des débats aux différents niveaux : Local, régional, national et international ;
  • Des mobilisations politiques plus aisées : Internet facilite le regroupement collectif avec un coût très bas et en étendant ces actions collectives à une grande échelle.
  • Des  relations plus étroites entre gouvernés et gouvernants : Internet est susceptible de favoriser une interaction plus grande entre gouvernants et gouvernés. En étant le support à une grande transparence de l’action publique. En permettant un accès plus large à l’information et aux données publiques et, enfin, en constituant l’outil par excellence par lequel les élus et les gouvernants peuvent mieux connaître les demandes et les points de vue des citoyens.

Pour Youssef Ennahi[4], Internet est un porteur de proximité entre le gouvernant et le gouverné, car les citoyens peuvent aisément et directement entrer en contact avec les gouvernés et poser ouvertement des questions et présenter les problèmes sans avoir besoin d’un intermédiaire.

Internet permet aussi, aux candidats qui mènent des campagnes électorales sur le web, d’innover les supports de campagnes : les affiches peuvent être interactives, elles peuvent changer en fonction du temps, les documents audio et vidéo peuvent être consultés à tout moment et n’importe où. Enfin, les documents écrits peuvent recueillir les avis et les commentaires des internautes.

Outre cela, Internet permet aux gouvernants ou aux candidats de mener des campagnes virales sur la toile et toucher un plus grand nombre de citoyens en un minimum de temps.

Pour Ennahi, Internet est un véritable outil de marketing politique et de communication politique puisqu’il se caractérise par :

  • Accessibilité : quiconque personne disposant d’un ordinateur et d’une connexion à Internet puisse accéder aux sites politiques.
  • Réactivité : L’information mise en ligne peut en une journée faire le tour du monde, être commentée, confirmée ou infirmée par un grand nombre d’internautes.
  • Interactivité : Internet met en contact des gens qui ne se seraient jamais rencontrés sans leur présence en ligne. Sur le réseau, les militants d’un parti et les supporters d’un candidat peuvent discuter, échanger, sans forcément se trouver physiquement dans le même lieu.

Cependant, le recours aux NTIC ne manquera pas de générer des problèmes. Pour Vedel[5], ces problèmes se résument, essentiellement, en quatre points :

  • L’existence d’une fracture numérique : La démocratie numérique sera vouée à l’échec si tous les citoyens n’ont pas accès à Internet.
    Cette fracture numérique est causée par le manque de ressources financières pour s’acquérir un ordinateur et supporter les frais d’accès à Internet. En manque d’apprentissage et/ou de compétences particulières pour se connecter sur Internet. Et enfin, à la censure imposée par quelques pays pour entraver la diffusion des moyens de communication qu’ils perçoivent néfastes pour le gouvernement.
  • L’apolitisme ou le manque d’intérêt au politique : La démocratie électronique repose sur une conception très exigeante de la citoyenneté. Ainsi, le bon citoyen est celui qui participe activement et régulièrement, directement ou indirectement, dans la vie politique. Certes, l’apolitisme et le manque d’intérêt au politique prend essor depuis des décennies. Et une grande frange de citoyens ne se verra pas intéressée par cette forme de démocratie. De surcroît, les travaux relevant de la socio-psychologie cognitive soulignent que les citoyens sont plutôt des animaux politiques paresseux qui s’efforcent non pas à rechercher plus d’information, mais à mettre en œuvre des procédés pour filtrer, réduire et gérer l’information surabondante qu’ils reçoivent.
  • L’anéantissement de la médiation politique : L’avènement de la démocratie électronique estime l’anéantissement de la médiation politique. Ce rôle joué par les partis politiques, les médias et les syndicats se verra sans importance, voire, inutile, car ces organes parasitaient la communication  entre les uns et les autres et déformeraient en fonction de leurs propres intérêts l’expression des citoyens.
    Or, en critiquant les corps intermédiaires, le discours sur la démocratie électronique fait l’impasse sur plusieurs questions importantes liées aux fonctions de la médiation, par exemple : la fonction de l’agrégation des intérêts particuliers en revendications collectives. La présentation des cadres de référence et d’interprétation qui réduisent la complexité de l’information que les citoyens ont à traiter. Et enfin, la sélection et la formation des gouvernants.
  • Instauration d’un système de surveillance électronique : Internet même s’il garantit une certaine transparence sur le plan informationnel il peut en même temps être un outil de désinformation puisque l’État contrôle toujours la source de l’information et complexifie son mode de fonctionnement pour assombrir la scène politique. En surcroît, Internet peut être, par ricochet, un outil d’espionnage par lequel les citoyens deviendraient transparents aux gouvernements et donnerait naissance à une société de surveillance. 

[1] Vedel Thierry, La communication politique : Etat des savoirs, enjeux et perspectives, Dir. Gingras Anne-Marie, Edition PUF, page 191.

[2] Redot Stefano, La démocratie électronique. De nouveaux concepts et expériences politiques, Edition Apogée, Rennes, 1999, page 87

[3] Vedel Thierry, La communication politique : Etat des savoirs, enjeux et perspectives, Dir. Gingras Anne-Marie, Edition PUF, pp 192- 195

[4] Ennahi Youssef, Le Marketing politique au Maroc, Edition Remald, 2011, pp208-224

[5] Vedel Thierry, La communication politique : Etat des savoirs, enjeux et perspectives, Dir. Gingras Anne-Marie, Edition PUF, pp 207-213 

SAKHRI Mohamed
SAKHRI Mohamed

Je suis titulaire d'une licence en sciences politiques et relations internationales et d'un Master en études sécuritaire international avec une passion pour le développement web. Au cours de mes études, j'ai acquis une solide compréhension des principaux concepts politiques, des théories en relations internationales, des théories sécuritaires et stratégiques, ainsi que des outils et des méthodes de recherche utilisés dans ces domaines.

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